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Escalade ou désescalade ? Le marché pétrolier reste indécis et réagit violemment à chaque gros titre en provenance du Moyen-Orient. La saisie par les États-Unis d’un pétrolier iranien pousse le Brent à la hausse, tandis que les discussions au sein de l’OTAN sur l’escorte de navires à travers le détroit d’Ormuz pèsent sur le brut de la mer du Nord. La rhétorique de la Maison-Blanche continue d’ajouter de la volatilité.
Le président américain Donald Trump alterne entre menaces à l’égard de l’Iran — déclarant que « le compte à rebours est lancé » — et l’annulation, selon les informations, d’un ordre prêt à être exécuté pour reprendre les frappes, à la demande de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar, les États les plus touchés par les actions de représailles de l’Iran. Ces gouvernements ont tout intérêt à faire pression sur les États-Unis pour obtenir une prolongation du cessez-le-feu. Trump a également réitéré sa rengaine habituelle selon laquelle tout conflit armé se terminerait rapidement et que l’Iran souhaite un accord.
Un sentiment de déjà-vu domine. Le marché pétrolier tourne en rond : les hausses du Brent sont soutenues par une baisse rapide des stocks, tandis que les déclarations de Trump déclenchent périodiquement des ventes massives. On a l’impression d’avoir déjà vécu cette situation — et de se diriger vers une nouvelle escalade.
Dynamique du raffinage chinois
Ne vous fiez pas uniquement aux niveaux de stocks. Les États-Unis continuent d’augmenter leurs exportations de pétrole malgré une cinquième semaine consécutive de réduction des inventaires. Bloomberg prévoit une nouvelle baisse des stocks de 9,1 millions de barils, la plus importante depuis septembre. La Chine réduit ses importations, ce qui se reflète dans l’activité de raffinage : le traitement a reculé de 11 % en avril à 54,55 millions de tonnes, avec un taux d’utilisation des capacités de raffinage de 67 %, le niveau le plus bas depuis le début des statistiques en 2021.
Parallèlement, les États-Unis ont prolongé l’autorisation d’acheter du brut russe déjà chargé sur des pétroliers (la précédente dérogation a expiré le 17 mai). Étant donné la structure actuelle du marché, écarter l’un des plus grands producteurs mondiaux pourrait propulser le Brent vers des niveaux record — un scénario que Washington souhaite éviter. Le Royaume-Uni a emboîté le pas aux États-Unis et autorisé l’achat de produits pétroliers russes.
En résumé, les États-Unis influencent l’offre mondiale, tandis que la Chine agit sur la demande — ces deux dynamiques amortissent le choc pour l’économie mondiale. Néanmoins, une forte hausse des rendements fait peser un risque de récession et de baisse de la consommation mondiale de pétrole. Cette contrainte cyclique suggère un plafond pour les prix ; le maintien de ce plafond dépendra des évolutions à venir.
Sur le plan technique, le graphique journalier montre que l’incapacité du Brent à dépasser la zone de juste valeur autour de 111 $/bbl accroît le risque de formation d’une figure de retournement 1‑2‑3. Le niveau pivot à surveiller est 105,80 $ : une rupture en dessous confirmerait la poursuite du repli et validerait la pression vendeuse. À l’inverse, un rebond à partir de ce pivot serait une incitation à renforcer les positions longues.